Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Une brève histoire du Massif Armoricain

Par Arnaud Botquelen - SEPNB/SGMB

Le Massif armoricain est pour les géologues un massif ancien constitué d’un socle précambrien et d’une couverture paléozoïque (voir l’échelle des temps géologiques). Il a été modelé par 3 cycles de formation de montagnes (on parle de cycles orogéniques*) et il est constitué de roches magmatiques*, métamorphiques* et sédimentaires*, le tout faillé et plissé ! L’histoire du Massif armoricain est très complexe et nous ne ferons ici que brosser une simple esquisse et laissons aux plus curieux la consultation d’ouvrages spécialisés (voir les références bibliographiques).

Géographie et paysages :

L’extension du Massif armoricain ne se cantonne pas aux limitesadministratives de la Bretagne ! Il se prolonge sous le Bassin de Paris, sous la Manche, sous le Bassin d’Aquitaine et sous le plateau continental du Golfe de Gascogne. Schématiquement, le Massif armoricain offre la forme d’un losange dissymétrique. Actuellement, le Massif armoricain n’est pas très élevé (les points culminants se trouvent au Mont des Avaloirs et au Signal d’Ecouves avec une altitude de 417m). Sous ses allures érodées et pénéplanées*, le Massif armoricain, par son relief quelquefois accidenté a gardé des vestiges de son statut de montagne.

Tectonique :

Le Massif armoricain est un vieux massif dont l’histoire a commencé il y a au moins 2 milliards d’années. 3 grands cycles orogéniques l’ont structuré :
- Le cycle Pentévrien(2 Ga - 750 Ma ?) : Peu de choses sont connues sur les différentes étapes de cet orogenèse. Il est représenté par des roches métamorphiques type gneissique ayant subi de fortes contraintes de pression et de température. Il a été défini en Baie de Saint-Brieuc (Pays de Penthièvre).
- Le cycle Cadomien(600Ma – 530Ma) : Tire son nom de cadomus (Caen en latin). Les témoins de l’orogenèse Cadomienne sont particulièrement bien représentés dans le Massif armoricain. De manière très schématique, l’orogenèse Cadomienne résulte de processus complexes de convergence de la croûte océanique sous la marge continentale (le continent constitué des roches du cycle Pentévrien) et de distension crustale. La diversité des roches mises en place lors de l’orogenèse Cadomienne est grande : roches métamorphiques (conglomérats métamorphiques, micaschistes, amphibolites, etc.), séries volcano-sedimentaires, roches magmatiques (gabbros, granodiorites, diorites, etc.).
- Le cycle Hercynien (380Ma – 250Ma) : Tire son nom de la forêt hercynienne en Allemagne. Il se caractérise par plusieurs phases de déformation (plis, failles) ponctuées par de nombreuses intrusions magmatiques et des produits volcaniques.

Dans le Massif armoricain, on distingue plusieurs domaines géologiques se caractérisant par des roches et des structures bien spécifiques : - Le domaine domnonéen : La Domnonée s’étend entre le Pays de Dol et de Saint Malo jusqu’au Léon. Il est constitué de roches plissées et métamorphisées lors de l’orogenèse Cadomienne, de roches plutoniques et de roches sédimentaires paléozoïques. - Le domaine mancellien (du Pays de Manceau) se caractérise par des roches métamorphiques plissées lors de l’orogenèse Cadomienne et des intrusions magmatiques. - Le domaine centre-armoricain est essentiellement constitué de roches sédimentaires paléozoïques plus ou moins métamorphisées par les déformations hercyniennes et des intrusions granitiques. - Le domaine Ligérien (des Pays de la Loire) est constitué essentiellement d’un socle précambrien métamorphisé et d’une couverture paléozoïque volcano-sédimentaire. - Le domaine de l’anticlinal de Cornouaille se caractérise par des roches métamorphiques et des plutons granitiques hercyniens. Les 2 derniers domaines sont parfois regroupés et définissent les complexes sud-armoricains dont l’histoire géologique et structurale se déroule de la fin des temps précambriens (cycle Cadomien) jusqu’à la fin des temps paléozoïques (Cycle hercynien). L’ensemble de ces domaines sont délimités par des accidents tectoniques dont les 2 plus importants sont la Zone Broyée Nord Armoricaine (ZBNA) et la Zone Broyée Sud Armoricaine (ZBSA), activées pendant l’orogenèse Hercynienne. Il s’agit de zones de cisaillement majeures se manifestant par des roches broyées et jalonnées par des plutons granitiques syntectoniques*.

Paléogéographie :

La surface de la Terre a connu plusieurs visages au cours de ces quelques 4,5 milliards d’années d’histoire. Les continents tels que nous les connaissons actuellement avaient des configurations différentes selon les époques, ce phénomène est ce que les géologues appellent la tectonique des plaques*. La Terre connaît des cycles de 500 millions d’années au cours desquels les continents ne formant qu’une seule masse (“ un supercontinent ”) vont se séparer (phase de divergence) puis de nouveau se regrouper (phase de convergence). Avant le Paléozoïque, la configuration des continents est incertaine, mais à partir du Paléozoïque, on peut reconstituer de manière plus ou moins fiable la paléogéographie à l’aide des fossiles*, de la nature des roches sédimentaires* et avec le paléomagnétisme*. Au cours du Paléozoïque, le Massif Armoricain appartenait à un continent nommé Gondwana*. A la fin du Paléozoïque, l’ensemble des continents se sont regroupés en un seul supercontinent (la Pangée*), qui depuis s’est désolidarisé en plusieurs morceaux représentant les continents que l’on connaît maintenant.

La paléontologie et la sédimentologie :

Les roches sédimentaires nous fournissent des indices sur les milieux anciens (marins, lacustres, terrestres) et sur la vie qui les peuplait : nous avons ainsi accès à l’histoire de la Terre ! Le Paléozoïque marin est bien représenté dans le Massif armoricain, surtout en Presqu’île de Crozon et de Plougastel, ainsi qu’au sein du Bassin de Chateaulin, qui ont enregistré pas moins de 300 millions d’années d’histoire des roches et des fossiles. En ces temps reculés du Paléozoïque, on trouve des organismes marins bien différents de ceux que l’on côtoie actuellement dans nos mers et océans : pêle-mêle, on rencontre des brachiopodes(organismes enfermés dans une coquille présentant un squelette interne à la différence des bivalves), des trilobites (arthropodes marins présentant quelques similitudes avec les limules), des crinoïdes (échinodermes marins que l’on connaît actuellement sous le nom de “ Lys de Mer ”), des graptolites (organismes coloniaux vivant sur le fond des mers ou bien entre deux eaux), des coraux solitaires ou coloniaux et pleins d’autres organismes…. La diversité marine à ces époques était donc exceptionnelle. Certains de ces animaux, comme les trilobites et les graptolites, sontcaractéristiques du Paléozoïque et ont disparu depuis, renforçant ainsi notre conviction de protéger ce patrimoine géologique, véritable “ mémoire de la Terre ”. En revanche quid des séries mésozoïques (voir l’échelle stratigraphique) ? Il n’y a donc aucun espoir de trouver des dinosaures en Bretagne ! Des séries plus récentes, dites cénozoïques, se retrouvent ponctuellement dans des gisements de Basse-Bretagne (les séries quaternaires de la Presqu’île de Crozon par exemple) et de Haute-Bretagne (Les faluns du Quiou par exemple). Pour en savoir plus sur les milieux qui caractérisaient la Presqu’île de Crozon, la Presqu’île de Plougastel ou encore le Bassin de Chateaulin, il y a plus de 300 millions d’années, venez aux sorties géologie SEPNB !

 

Pour en savoir plus …

- Dictionnaire de géologie par Alain Foucault et Jean-François Raoult, Masson (plusieurs ré-éditions).
- Guide géologique de la Bretagne par Hubert Lardeux(coordonateur), Masson (plusieurs ré-éditions).
- Géologie de la Presqu’île de Plougastel par Yves Plusquellec, Penn Ar Bed, n°144/145, 1992.
- Patrimoine géologique de Bretagne par Max Jonin(coordonateur), Penn Ar Bed, n°173/174, 1999.
- Mémoire de la Terre par Max Jonin, delachaux et niestlé, 2006.

Pour les plus pointilleux…

- Géologie des pays européens, France, Belgique, Luxembourg par C. Lorenz (coordonateur), Dunod, 1980 (cet ouvrage peut se trouver dans les bibliothèques universitaires).
- Société Géologique de France, Géologie de la France, ouvrages collectifs.
- Thèse d’université d’Arnaud Botquelen sur "L’IMPACT DES VARIATIONS EUSTATIQUES SUR LES ASSEMBLAGES BENTHIQUES A BRACHIOPODES : L’ORDOVICIEN SARDE ET LE DEVONIEN IBERO-ARMORICAIN " .

et pour ceux qui veulent s’investir dans la géologie armoricaine, n’hésitez pas à contacter la Société Géologique et Minéralogique de Bretagne (SGMB, Géosciences Rennes, Université de Rennes 1, Campus de Beaulieu, 35042 Rennes Cedex).


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 188058

Site réalisé avec SPIP 2.1.26 + ALTERNATIVES

     RSS fr RSSGroupes naturalistes RSSGéologie   ?

Creative Commons License