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En France, les atteintes à l’environnement sont traitées comme des infractions mineures

mardi 6 mars 2018, par Jean Paul

Article du journal "Le Monde" rédigé par Patricia Jolly

Sur les 78 000 infractions environnementales, seules 18 % ont fait l’objet de poursuites en 2016

Sébastien Mabile, avocat spécialisé dans le contentieux environnemental et président de la commission droit et politiques environnementales de l’Union internationale pour la conservation de la nature, plaide pour l’introduction de chambres et d’un parquet spécialisés dans l’environnement.

Erosion de la biodiversité, -pollutions, événements -météorologiques extrêmes : les contentieux qui découlent de la dégradation de l’environnement se multiplient en France, comme ailleurs…

Selon l’Office national de la délinquance et des réponses pénales, plus de 78 000 infractions environnementales ont été constatées en 2016, soit plus de 200 par jour. C’est loin d’être marginal.

La justice française semble pourtant encore peu organisée pour traiter ces affaires…

En 2016, selon le ministère de la justice, seules 18 % des infractions signalées dans le domaine environnemental ont fait l’objet de poursuites pénales, contre 46 % pour l’ensemble des infractions. Pourtant, le taux d’auteurs " poursuivables " est similaire à celui des autres types d’infractions. Dans les faits, les atteintes à l’environnement sont traitées par la justice comme des infractions mineures, faute, souvent, pour les magistrats, de maîtriser les enjeux et la complexité du vivant.

En matière pénale, les atteintes aux personnes sont évidemment traitées en priorité par rapport aux atteintes à l’environnement. Dans un contexte de crise de l’institution judiciaire, la réponse pénale n’est donc pas à la hauteur des attentes des citoyens. Une multitude d’infractions, comme les dépôts sauvages d’ordures ou les petites pollutions agricoles, ne sont tout simplement pas poursuivies. Et le parquet privilégie largement les procédures alternatives aux poursuites, même pour des atteintes plus graves à l’environnement. Ainsi, la vocation pédagogique du procès pénal disparaît.

Comment y remédier ?

Il faudrait centraliser les procédures des atteintes à l’environnement au sein de certains grands tribunaux de grande instance, afin de donner aux juges un volume d’affaires suffisant, seul susceptible de les inciter à s’investir dans la formation. Plus de 40 pays – dont le Chili, la Chine, l’Inde, le Kenya, la Suède ou la Nouvelle-Zélande – se sont déjà engagés dans la voie de la spécialisation en matière de contentieux environnemental, parfois en nommant des spécialistes des sciences de la vie qui participent à la formation de jugement.

En France, il ne s’agit donc pas de créer des " tribunaux verts ", mais des chambres spécifiques au sein des juridictions de droit commun en s’appuyant sur l’expérience des six juridictions du littoral maritime spécialisées créées en 2001. Elles traitent les dossiers de rejets de polluants – volontaires ou accidentels – dans les eaux territoriales. Leur compétence a été récemment étendue aux atteintes au patrimoine culturel maritime. La spécialisation de magistrats du siège et du parquet qui les composent a permis de faire émerger une jurisprudence cohérente et de faire baisser sensiblement le nombre de pollutions marines.

Il est indispensable de créer un parquet national spécialisé, disposant de relais régionaux, et qui constituerait un interlocuteur privilégié pour les victimes de dommages environnementaux. L’Espagne l’a fait en 2003, en mettant en place un parquet national consacré à l’environnement et à l’urbanisme. Le procureur national dispose de 90 procureurs délégués dans les provinces et d’agents de la Guardia Civil pour enquêter. Plus solides, les affaires sont davantage poursuivies et le taux de condamnation pour les atteintes environnementales a considérablement augmenté. Le droit de l’environnement restaure ainsi sa vocation répressive, donc dissuasive.

article du journal "Le Monde" rédigé par Patricia Jolly