Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Nitrates. Le décret qui fâche

Le Télégramme du 12 octobre 2011

Un décret assouplissant les normes d’épandage des effluents d’élevage est paru, hier, au Journal officiel. L’association Eau et Rivières va attaquer ce nouveau décret nitrates, qui, selon elle, « relève les plafonds d’épandage d’azote ».

Le projet de nouveau décret nitrate avait soulevé une vague de protestations, en Bretagne, au printemps, particulièrement au sein des communes littorales. Ce « relèvement déguisé » des plafonds d’épandage était considéré comme incohérent et en contradiction avec le Plan algues vertes [le Parlement européen prend le dossier en main]. En pratique, selon Eau et Rivières, ce décret ministériel relatif au programme de lutte contre la pollution des eaux par les nitrates entérine un nouveau mode de calcul des plafonds d’épandage. Le seuil est toujours fixé à 170kg d’azote par ha. Mais, jusqu’alors, était prise en compte la surface potentiellement épandable (déduction faite des surfaces à proximité des cours d’eau, du littoral ou des tiers). Désormais, c’est la totalité de la SAU (surface agricole utile) de leur exploitation qui sert de référence.

Les nitrates en cause

En ajoutant les pertes exclusivement encaissées par les collectivités locales (nettoyage des plages souillées par les algues vertes, dégradation des milieux aquatiques) et par les ménages (consommation d’eau en bouteille, filtrage de l’eau du robinet), l’excédent total engendré par la pollution de l’eau pourrait grimper jusqu’à 1,6 milliard d’euros.

Un surcoût important dû en grande partie à l’utilisation des nitrates et des pesticides dans l’agriculture et l’élevage. 806 000 tonnes de nitrates viendraient ainsi contaminer les rivières et le littoral « dont environ 715 000 tonnes proviennent de l’agriculture et de l’élevage, soit 88,7% », précise le rapport. Le volume global des rejets de pesticides n’a pas pu être précisé, mais les experts ont détecté leur présence dans 90% des 1 097 points d’eau où ils ont conduit des analyses. « Cela traduit une dispersion importante des pesticides et une présence généralisée dans les milieux aquatiques. » Et malgré tous les efforts faits par les autorités locales, plus de 8% des Français ont consommé, au moins une fois dans l’année 2008, de l’eau contaminée en pesticides à une concentration supérieure aux normes autorisées.

La France, mauvais élève de l’Europe

Cette évaluation partielle des coûts montre la nécessité de réduire l’utilisation des engrais, pesticides et autres produits chimiques dans les exploitations. Pourtant, le gouvernement aurait fait tout l’inverse. Il vient de signer un décret paru au Journal officiel le mardi 11 octobre et qui, selon les associations, assouplit les normes d’épandage en élevage.

Désormais c’est la surface agricole utile (SAU) et non plus une surface d’épandage plus restreinte qui sera prise en compte pour calculer le plafond d’épandange. « Cela va permettre d’augmenter de 20% les quantités d’azote épandues sur les sols ! », s’insurge dans un communiqué l’association Eau et Rivières de Bretagne.

De quoi alourdir le problème français. En juillet, la Commission européenne avait déjà exigé du gouvernement français le détail de son plan de lutte contre la prolifération des algues vertes. Il faut dire qu’en matière de politique de l’eau, la France est le mauvais élève de l’Europe. Des pays, comme le Danemark, ou des régions telles que la Bavière, en Allemagne, sont parvenus, en responsabilisant leurs agriculteurs, à réduire de 30% leurs consommations d’azote et de pesticides, rappellent les auteurs du rapport. Pour eux, constat est fait de « l’insuffisante volonté de remettre en cause des pratiques agricoles durablement marquées par l’encouragement au productivisme et le choix d’une agriculture intensive ».


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