Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Les sillons de la Rade de Brest

Les cordons littoraux, une richesse de la Rade de Brest

Le 17 décembre dernier, à l’initiative de Brest Métropole Océane (BMO) s’est constitué un comité de pilotage « sillons rade de Brest » dont fait dorénavant Bretagne Vivante. Mais savons-nous précisément définir un sillon, un cordon littoral autrement que par allusion à ces cordons de galets, de sable nous permettant de rejoindre des îles à marée basse ou barrant les fonds de ria, ces cordons sont des biotopes particulièrement intéressants ? Leur situation souvent frontière entre un milieu lagunaire et l’estran, leur nature géologique en font des domaines d’une très grande richesse d’espèces animales autant que végétales

Définition / Typologie

Tout un chacun peut en trouver la définition la plus courante (sur wikipédia par exemple) : « Un cordon littoral est une bande de terre composée de matériaux déposés par des courants marins. Un cordon littoral peut soit se former en avant du littoral en isolant un plan d’eau qui prend alors le nom de lagune, dans ce cas ce cordon dunaire est appelé lido, soit s’avancer dans la mer et former une « flèche », soit relier deux masses de terre initialement séparées et prend alors le nom de tombolo.  »

Les travaux de géographes en particulier ceux de l’UBO, comme A. Guilcher ou l’équipe de Géomer permettent d’affiner cette description. On peut distinguer cinq catégories :

  • Le tombolo
  • La queue de comète
  • La flèche sub-parallèle à la côte
  • Le poulier
  • Les pouliers ou flèches en chicane

Le tombolo : Ce cordon relie une masse émergée à quelque distance du littoral. Quelquefois ce tombolo peut-être double comme celui très connu de Hyères dans le Var qui relie la presqu’île de Gien à la terre.

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Tombolo de l’île Stuhan (Carnac -56) - Photo GoogleMap Hyères - Carte Cassini 1738

La queue de comète : Son nom illustre bien l’aspect des dépôts « à l’abri » d’un obstacle (rochers, ilôt ou île) étirés dans le sens du courant dominant.

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Queues de comète – Anse de Trélévern (22) - Photo GoogleMap

La flèche sub-parallèle à la côte : Pour ce modèle la terminologie est claire, les pertes de charge du courant lui-même parallèle au rivage entrainent un dépôt de sédiments de même direction que le trait de côte.

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Le Letty et la Mer Blanche - Photo GoogleMap

Le poulier (aussi appelé flèche à pointe libre) : C’est une des formes géomorphologiques des plus connues dans la Rade, partant d’une des rives, elle provoque l’avancé d’un épi terminé en crochet qui barre progressivement un estuaire ne laissant souvent qu’un étroit passage. Les courants assez forts dans ce resserrement peuvent creuser la rive opposée : le musoir.

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Anse Térénez –Baie de Morlaix - Photo GoogleMap

Les chicanes : Quelquefois les conditions sont réunies pour qu’un poulier démarre de chaque côté de l’estuaire créant une structure bien évidemment conforme à cette appellation.

Le patrimoine de la Rade

Légende
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Tombolos Queues de comète Flèches et Pouliers Chicanes

Si ces différents types de géomorphologiques se rencontrent un peu partout en Bretagne, tous sont présents dans la Rade de Brest. L’intérêt fondamentale de cette « collection » de référence est à l’origine du comité de pilotage.

Extrait du compte-rendu : (cf. http://www.rade-de-brest.infini.fr/... ) « Dans le cadre du précédent contrat de baie, les personnes du service ont été sensibilisées en 2004 par les enseignants chercheurs de Geomer sur l’existence des sillons (ou cordons), constructions géomorphologiques complexes qui dans leur diversité et leur juxtaposition sur un même site font de la rade une particularité. La prise de conscience grandissante sur la nécessité de protéger les milieux face à la perte de biodiversité, la mise en place des Zones Natura 2000 (Elorn et rade) et la poursuite d’un contrat multi partenarial (Contrat de rade) a permis de mobiliser plusieurs acteurs locaux sur ce sujet. Le Contrat nature pourrait fournir les moyens d’atteindre, selon les cas, les objectifs de sensibilisation, préservation et restauration de certains sillons. »

En effet les différents sillons de la rade de Brest ne sont pas des formations géologiques récentes, ils ne sont plus entretenus par des apports réguliers de sédiments. La plupart sont apparus avec la remontée de l’océan à la période géologique holocène 5000-6000 BP (“before present”). Les courants et les marées ont alors érodé et transporté les matériaux glaciaires qui avaient envahi les estrans dégagés par un niveau de la mer bien plus bas quelques milliers d’années avant (20 000 BP). Maintenant les restes de ces apports glaciaires (le « head ») sont érodés laissant apparaître un socle rocheux peu sujet au recul. Le trait de côte est stabilisé. Les flèches actuelles ne sont donc plus alimentées et se dégradent naturellement sous l’effet des courants et marées, elles s’allongent et s’étirent mais ne se consolident pas. Les tempêtes peuvent y ouvrir des brèches. Enfin comme partout l’empreinte anthropique est aussi très prégnante, les sillons sont souvent des lieux de passage, « des raccourcis ».C’est aussi la construction de cales et de quais qui à leur tour modifient les courants et l’évolution naturelle du site.

Visions d’avenir

Cette richesse géomorphologique de la rade est parfaitement reconnue, plusieurs sites sont inscrits dans l’inventaire régional. De nombreuses interventions ont eu lieu pour préserver et conseiller et ainsi limiter l’impact humain mais la seule protection juridique est la loi « littoral ». Il faut rester conscient de l’enchaînement inexorable des phénomènes géologiques que nous ne pouvons qu’observer et comprendre.

Dominique Marques Section rade de Brest

Sources et références :


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