Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Les landes de Lanveur - Présentation et histoire

Les « Landes de Lanveur » autrement appelées « la poterie » est un zone humide de 27 hectares, à cheval sur deux communes du Nord Finistère : Plouvien et Lannilis. Cet espace naturel non protégé (mis à part le plan d’occupation des sols des communes) se situe entre l’Aber Benoît (au Sud) et l’Aber Wrac’h (au Nord).

L’activité humaine durant de nombreuses années a façonné ce paysage de plateau (50m d’altitude), aujourd’hui si particulier dans une commune où l’agriculture est la principale activité sur le territoire. Il existe peu d’espaces naturels de ce genre. La zone de Lanveur est avant tout un marais qui évolue naturellement, elle se fait progressivement coloniser par la végétation ligneuse. On retrouve quasiment tous les stades de l’évolution végétale : de la strate herbacée, en passant par les landes plus ou moins humides pour aboutir au climax avec la chênaie. En été, la flore offre aux « visiteurs » les couleurs typiques de la lande Bretonne. Mais attention, cette beauté ne doit pas faire oublier les dangers de ce site, via les nombreux trous (de potiers et de guerres) et tranchées masqués par la végétation. Trous qui peuvent être remplis d’eau, formant ainsi un réseau non négligeable de petites unités de mares. En hiver, à l’exception des zones élevées, tout le site est inondé, le chemin central l’est également par endroit. Cette zone humide abrite également plusieurs bas-marais acides et quelques zones de tourbières très intéressantes sur le plan botanique.

Bruant Jaune Bruant Jaune

Pour cerner et apprécier cet espace naturel à sa juste valeur, il convient de revenir sur son histoire riche en rebondissement.

1) Les potiers, propriétaires et usagers des lieux

Il existait encore des potiers à Kerabo (hameau au Nord) au début du XXème siècle. Ils étaient implantés sur cette zone infertile que l’on nomme en Breton « PODEREZ » (la Poterie). Cette lande inculte, couverte d’ajoncs rares et de bruyères, avait accueilli les seuls artisans qui pouvaient exploiter la nature de son sol argileux, les potiers. Il est impossible de fixer une date à l’origine de ces poteries, mais on peut dire que cette industrie existait depuis plusieurs siècles. Au XVIème siècle, l’industrie des potiers de terre semble déjà très florissante à Lanveur. Sous la révolution, Cambry, qui visita le Finistère en 1794, signale qu’il y avait alors 50 à 60 poteries en Lannilis et en Plouvien. En 1807, aux foires de Lannilis, on mentionne des poteries innombrables. C’est à cette époque et jusqu’en 1874 que sont notées de nombreuses demandes d’achat de terrain sur les terres alors disputées de Lanveur. La terre de Lanveur se vend partout dans le Léon. Mais après cette période de prospérité, trois actes préfectoraux (1874, 1872, 1878) vinrent porter une sérieuse atteinte à cette industrie. Les poteries sont recouvertes d’un vernis à l’oxyde de plomb qui n’est pas sans danger. Leur situation était tragique, il est vrai, puisque 250 personnes étaient réduites à la misère la plus noire. A ces démêlés qui ont causé un grand préjudice à leur industrie, il faut ajouter ce qui l’a achevée : la concurrence sur les marchés d’ustensiles en fer blanc, plus légers, moins fragiles, en même temps que l’afflux des poteries et des faïences faites en grande série et vendues à des prix plus bas que les leurs. Vaincus par toutes ces forces localisées, les potiers ont disparu très rapidement, les derniers, entre les deux dernières guerres. Dans la lande, il fallait d’abord creuser de grandes fosses, profondes d’environ 2 mètres (alors qu’à 5 ou 6 cm de profondeur, la terre aurait été beaucoup meilleure) pour en extraire une terre variant, dans une gamme chaude, du jaune indien au rougeâtre foncé. Cette terre argileuse, mélangée de sable dans de bonnes proportions, était naturellement favorable à la bonne tenue des poteries au feu. Pour piocher la terre, dans ce terrain imperméable, le potier était souvent dans l’eau jusqu’aux genoux. Avant la deuxième guerre, on avait essayé sur la terre de Lanveur, une plantation de pins, et on n’avait laissé aux potiers qu’une petite partie du terrain, le reste étant clos de fil de fer (aujourd’hui les poteaux présents dans la lande sont les témoins de cette époque)

2)Les guerres laissent leurs marques

A l’aube de la première guerre mondiale, l’armée française décida d’implanter un camp d’entraînement sur la commune. Terrain idéal car situé rappelons le, sur un plateau. A cette époque, pas ou peu d’arbres sont présents sur le sol à vocation agricole (bien que peu productif). Mis à part un bocage encore intact, il y a donc une très bonne visibilité des alentours. La présence des trous de potiers augmente l’intérêt du lieu. Après l’entraînement, les combats s’y déroulent alternant présence allemande et française. Pendant la deuxième guerre mondiale, un réseau important de tranchées rendait le site impénétrable au sud. Des trous à hauteur d’homme furent creusés par alliés et forces de l’axe dans la moitié sud du site…

3)Place aux paysans défricheurs

Les agriculteurs, après le départ des forces américaines ont entretenus le site par pâturage d’équins (en particulier chevaux de traits). Ils extrayaient la tourbe pour le chauffage. La végétation était limitée au stade herbacé dans la plupart des zones hyrdrophyles du site. Le peu de zone de landes était fauché par des « drailher lann ». En Bretagne, l’exploitation des landes fut essentielle pour la petite paysannerie. La lande fournissait l’ajonc qui nourrissait les chevaux pendant l’hiver car les réserves de fourrage n’étaient pas énormes. Le paysan utilisait le hache-lande (photo ci-contre) pour broyer l’ajonc.

Vipère péliade Vipère Péliade

4)Production de bois

Dans les années 1980, le SIVOM de Plabennec (aujourd’hui devenu Communauté de Communes) vendit ces terrains à une société de production de bois : la Société Centrale des bois et des Scieries de la Manche. L’affaire n’était pas rentable car le sol était trop humide pour une croissance optimale des végétaux exploités.

5)Projet d’usine de broyage d’ordures ménagères

Le SIVOM de l’époque, au vue de l’encombrement des grandes décharges de la région, décida d’implanter une usine de broyage d’ordure et d’épandage des déchets. Après avoir effectué une étude d’impact et correctement avancé le projet, ce dernier a été annulé par certaines actions conduites en justice par une association écologiste locale chargée de défendre la zone.

6) Abandon du site

Le site durant ces nombreuses années resta inexploité, favorisant ainsi l’apparition et la croissance des ligneux inféodés aux zones humides. En 1978, le site fut en partie ravagé par un incendie qui brûla pendant 2-3 semaines à cause de la tourbe présente dans le sol. Ceci bloqua temporairement le développement ligneux. La lande reprit sa place donnant aujourd’hui différentes hauteurs de végétation (lande rase et lande moyenne). Les reliques de cet incendie sont les tranchées creusées par les pompiers pour stopper les flammes. Un autre feu de moindre importance s’est déclaré sur l’aire du ball-trap. En février 2006, un incendie probablement de type « écobuage » a été réalisé sans autorisation, mais cela reste encore à déterminer. Aujourd’hui le site est « utilisé » par les chasseurs, les pratiquants du ball-trap, les randonneurs (pédestres et équestres) et quelques naturalistes amateurs.

Texte et photos : Christian Le Jeune


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 191241

Site réalisé avec SPIP 2.1.26 + ALTERNATIVES

     RSS fr RSSPatrimoine naturel RSSEspaces naturels RSSLes landes de Lanveur   ?

Creative Commons License