Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Le président de la commission du dialogue doute de la pertinence de l’aéroport !

Notre-Dame-des-Landes : vol "retardé" LE MONDE | 09.03.2013 à 10h52 Par Rémi Barroux

C’est désormais une certitude : annoncé pour le printemps 2013, le chantier du futur aéroport nantais de Notre-Dame-des-Landes – s’il démarre – aura au minimum plusieurs mois de retard. A trois semaines de la remise de ses conclusions au premier ministre et ancien maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, le président de la commission du dialogue, Claude Chéreau, par ailleurs président de la commission des comptes de l’agriculture de la nation, avoue son scepticisme.

Après plus de soixante-quinze auditions des pro et anti-aéroport, il a confié au Monde ses doutes sur la pertinence de certains arguments justifiant la construction de la nouvelle plate-forme destinée à remplacer l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique. "Tout dossier qui attend une trentaine d’années perd beaucoup de ses possibilités de conviction, avance M. Chéreau. Les arguments justifiant sa construction ont beaucoup varié dans le temps. Certains datent, d’autres sont devenus moins prioritaires."

Il se garde bien toutefois de condamner le projet, prérogative qui n’est pas comprise dans sa lettre de mission, dit-il en souriant. Car il sait le dossier "politique" : "Notre rapport présentera les inconvénients et les avantages du futur aéroport, et ce sera au gouvernement de décider."

"LE PROBLÈME N’EST PAS AUSSI SIMPLE"

Peu convaincue par les chiffres avancés par les deux camps, la commission, composée aussi de Claude Brévan, architecte et ancienne déléguée à la ville, et du juriste Rouchdy Kbaier, pourrait suggérer au gouvernement des compléments d’enquête. "On nous a mis en avant la saturation de l’aéroport actuel ; or le problème n’est pas aussi simple", avance M. Chéreau. Le président de la commission du dialogue souhaite plus de précisions sur le schéma des transports devant desservir le futur aéroport. Ses bienfaits économiques et le nombre d’emplois à la clé ne semblent pas non plus avoir emporté sa conviction.

Pour autant, les arguments des opposants au projet ne l’ont pas tous séduit. "Sur la richesse de la biodiversité, je ne suis pas certain que Notre-Dame-des-Landes soit une rareté, comparée à la réserve naturelle du lac de Grand-Lieu ", fait valoir M. Chéreau. De même, le plan d’exposition au bruit, réalisé il y a dizaine d’années, doit être révisé. Autant de données réclamées par la commission du dialogue.

A Matignon, où le premier ministre est un ardent défenseur du projet, on fait valoir que la bataille de chiffres est stérile. "La commission du dialogue ne dispose pas de son bureau d’études, elle ne peut que constater que les parties divergent sur les éléments avancés, déclare-t-on. Les opposants font des plans sur la comète, les pro-aéroport font d’autres hypothèses, sur la démographie nantaise, le coût du pétrole, les prévisions de trafic aérien, la croissance, etc."

CERTAINS S’INQUIÈTENT AU PS

Les écologistes, reçus de nouveau par la commission mardi 5 et mercredi 6 mars, insistent sur la nécessité de mener une enquête – non réalisée à ce jour – sur les possibilités de transformation de l’actuel aéroport. D’autres incertitudes demeurent, comme la demande d’informations de la Commission européenne sur d’éventuels manquements aux règles communautaires.

Le dossier se complique, et certains au Parti socialiste s’inquiètent de l’entêtement de Jean-Marc Ayrault. "Si ce n’était pas le dossier du premier ministre, cela fait longtemps qu’il aurait été renvoyé à plus tard : Notre-Dame-des-Landes n’est pas une priorité nationale", confient des élus préférant garder l’anonymat. Ils ne veulent pas d’un dossier porteur de fractures avec leurs alliés écologistes, à quelques mois d’élections municipales et régionales difficiles.

"On ne peut pas prendre le risque d’affrontements longs et violents sur ce dossier, explique Jean-Paul Chanteguet, président socialiste de la commission du développement durable de l’Assemblée nationale, qui recevra M. Chéreau le 12 mars. Il faut poursuivre le dialogue et, avant tout démarrage du chantier, élaborer un schéma national des infrastructures aéroportuaires."

Matignon dit attendre la fin mars : "Soit les travaux peuvent commencer après l’été par exemple, soit le rapport nous dit que le projet n’est pas prêt et nous prendrons le temps nécessaire."


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