Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Le maërl

Quel milieu marin en France métropolitaine peut abriter plus de 600 espèces sur moins de 20 m² ?

Et quelle algue est à la fois une nourricerie et un constructeur d’écosystème ?

C’est le maerl, composé de petites algues rouges calcaires dont les thalles libres s’accumulent sur les fonds de faible profondeur aux abords des côtes.

Ces algues, aux formes très découpées, forment un réseau complexe dans lequel une multitude d’organismes trouve abri et nourriture. En particulier les jeunes des espèces commerciales, comme les coquilles Saint-Jacques ou les pétoncles, y sont protégés des prédateurs et filtrent en abondance les petits organismes dont ils se nourrissent. Mais on y trouvera aussi près de 60 espèces de macroalgues, plus de 160 espèces d’annélides et 130 espèces de mollusques ou de crustacés. La biodiversité de l’habitat créé par le maërl est proportionnelle à la complexité de sa structure, qui permet aux organismes de toutes tailles de circuler dans ses galeries, de se blottir dans ses cavités ou de creuser ce substrat meuble.

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Exigeantes, les algues rouges qui composent le maerl (principalement Lithothamnium corallioides et Phymatolithon calcareum en Bretagne) ne poussent qu’en eaux peu profondes, salées, où l’envasement est faible et le courant modéré. En conséquence leur présence est rare.

Si la Bretagne abrite les plus grands bancs de maerl d’Europe, la France est le seul pays où ces algues soient exploitées à l’échelle industrielle. Elles sont utilisées comme filtre dans les stations d’épuration, comme amendement sur les sols acides et dans divers produits médicinaux et cosmétiques. Or pour tous ces usages il existe des solutions de remplacement, pas nécessairement plus chères. Mais le maerl pâti de son image de produit naturel issu de la mer, très attractive pour l’agriculture biologique et les consommateurs de pilules contre l’ostéoporose ou les ballonnements intestinaux…

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Si le maerl est menacé, c’est que sa croissance est particulièrement lente, moins de 1 mm par an, et que sa reproduction, essentiellement par fragmentation des thalles, ne permet pas de coloniser rapidement de nouveaux milieux. On considère donc que c’est une ressource non renouvelable. De plus la méthode d’extraction la plus courante et la plus néfaste consiste à aspirer la couche supérieure des bancs, qui est aussi la partie vivante à partir de laquelle le banc se renouvelle. A cela s’ajoute l’étouffement du maerl alentour par les sédiments contenus dans l’eau excédentaire rejetée lors de l’extraction.

D’autres menaces pèsent sur les bancs comme l’envasement provoqué par la construction d’ouvrages tels les barrages, l’aquaculture qui augmente la turbidité de l’eau par les déjections des poissons ou encore la pêche par dragage (par exemple pour les coquilles Saint-Jacques), qui casse et enfouit les thalles.

Puisque le maerl est une nourricerie, c’est un habitat indispensable pour la pêche : la pêche par dragage abîme les bancs de maerl, dont le mauvais état a un impact sur la pêche. JPEG - 65.9 ko

L’exploitation intensive des bancs de maerl des Glénan entraîne une destruction du milieu, la disparition de la faune marine associée et des problèmes d’instabilité des plages. Malgré cela un arrêté préfectoral maintien l’extraction dans la limite des besoins des stations d’épuration. Celles-ci sont souvent présentes dans des petites communes aux eaux acides (dans l’ouest et le Massif Central) et avec peu de moyens. Pourtant le maerl est toujours vendu pour amender les sols et présent dans les cosmétiques sous le nom de « Lithothamne », preuve qu’il est extrait plus que nécessaire.

A terme il est prévu d’arrêter l’extraction, ceci pour plusieurs raisons :

1. les espèces qui constituent le maerl sont considérées par l’Europe comme étant « d’intérêt communautaire » et « sont susceptibles de faire l’objet de mesure de gestion (…) pour les maintenir dans un état de conservation favorable ». 2. les zones Natura 2000 contiennent souvent des bancs de maerl. Si la conservation d’un banc fait partie des objectifs de gestion d’un site, il est prévu d’éviter toute dégradation. 3. la quantité de maerl accessible au prélèvement baisse et avec elle la qualité du maerl extrait, de plus en plus riche en sédiment d’autre nature.

L’État cherche actuellement des solutions de remplacement pour les stations d’épuration et doit mettre en place une période de transition pour permettre à celles-ci de changer leur système de filtration. Les entreprises d’extraction sont déjà prévenues de la fin prochaine de leurs autorisations d’exploitation, si l’État fait preuve de fermeté.

Je voudrais attirer votre attention sur les dangers de menaces plus diffuses, bien plus difficiles à contrôler que l’extraction et dont les effets à long terme sont imprévisibles. C’est le cas de l’eutrophisation et des crépidules dans la Rade de Brest qui ont depuis plusieurs décennies transformé le milieu, créant de nouveaux équilibres fragiles et en évolution constante, dont personne ne connaît les effets à long terme sur les magnifiques bancs de maerl que la Rade abrite.

Gaëlle AMICE

POUR EN SAVOIR PLUS :

L’exemple de Glénan : http://www.rebent.org/medias/docume...


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