Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Le démantèlement du Clémenceau (suite)

Ex-Clemenceau. Davantage d’amiante que prévu (fev 2010)

(Le Télégramme) Après l’incendie de fin jv 2010, le chantier anglais chargé du démantèlement de l’ex-Clemenceau vient de faire savoir que le travail ne pourrait pas être terminé avant juin, à cause de la découverte d’amiante sur des poutres structurelles non apparentes.

Le directeur d’Able UK, a demandé à l’agence de l’environnement britannique une prolongation du délai de traitement de la coque afin de retirer l’ensemble des matériels contenant de l’amiante.

Seuls 70% du total des matériaux contenant de l’amiante ont été retiré de l’ancien porte-avions. Able UK pense « réussir à traiter l’ensemble de l’amiante pour avril, l’opération totale de démantèlement devant être terminée d’ici la fin juin », annonce l’entreprise qui accumule les retards depuis l’arrivée de la coque, en février2009, et qui ne cesse de retarder l’échéance auprès des autorités sanitaires et du client. Un client (l’État français) en droit de réclamer des pénalités de retard depuis le début de l’année.

Clemenceau. Pas encore dans le vif du sujet (juin 2009)

Quatre mois que le Clemenceau a rejoint le chantier anglais Able UK, dans le nord-est de l’Angleterre. Le navire reste à flot. Le chantier a dû régler quelques imprévus de dernière minute.

La préparation, avant dépollution, du Clemenceau se poursuit, à Hartlepool, en Angleterre, depuis maintenant quatre mois. Mais les grandes manoeuvres n’ont pas encore commencé, la grande porte devant refermer le bassin n’étant toujours pas achevée. Interdit d’accès Un représentant du comité de vigilance autour de l’ex-Clemenceau s’est rendu en Angleterre la semaine dernière, afin de s’assurer de la bonne marche des opérations de démantèlement. Sur place, malgré les échanges préalables avec la direction du chantier anglais, l’accès lui a été refusé, aux portes du site. « Pas le moment, selon la direction d’Able UK », le laissant comme deux ronds de flan, à quelques centaines de mètres du porte-avions.

Arrivé début février, le Clem’ devrait être entièrement traité pour le début 2010, selon les estimations du chantier anglais.

De la route, Roger Abiven a pu constater que le Clem’ est toujours entouré des quatre autres navires américains. Des informateurs locaux lui ont raconté que le travail de préparation se poursuit, à l’intérieur du navire, par l’arrière seulement relié au quai. La grande porte qui devait venir refermer le bassin, huit semaines après l’arrivée du porte-avions, est toujours en travaux, malgré l’assurance du directeur du chantier, Peter Stephenson, d’assécher dans ce délai le bassin, toujours qualifié de véritable cale sèche par le directeur de la compagnie. Autre retard à l’allumage, le traitement des effluents et produits polluants liquides, qui devait s’effectuer par la route. L’autorisation n’a finalement pas été délivrée. Le chantier devra faire appel à un bateau-citerne pour recueillir les produits qu’il faudra évacuer de la coque. Les défenseurs de l’environnement anglais commencent également à pointer du doigt l’impact des rejets éventuels à la mer (la rivière de Tees), si le navire continue d’être traité à flot. Autre difficulté qu’a dû contourner le chantier : la réaction de la population locale à propos des conditions d’hébergement des ouvriers polonais appelés en renfort sur le chantier. Ils étaient logés dans des locaux de plates-formes pétrolières en passe d’être démantelées. La vive réaction de la population locale a permis d’améliorer les conditions d’hébergement de cette main-d’œuvre importée. « Nous aurions aimé accéder au chantier, pour nous faire une idée précise de ces conditions de travail », ajoutait, à son retour, le défenseur du démantèlement du Clemenceau à Brest. « Mais la direction nous a confirmé par écrit que ce n’était actuellement pas le bon moment ».

« Pas le moment » non plus pour la Marine Pour Jacques Cléguer, le responsable démantèlement des navires, qui suit particulièrement le Clemenceau pour la Marine et plus précisément pour le compte du service de soutien de la flotte, « le chantier avance normalement ». Mais il ne souhaite pas s’exprimer davantage sur l’avancée des travaux. « J’estime que ce n’est pas le moment », a-t-il ajouté, hier après-midi.

« Nos inquiétudes étaient fondées »

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« Non, ce chantier de démantèlement n’est pas le modèle ou la référence que nous a vendu l’État français ! » « Nos inquiétudes étaient bel et bien fondées », résume Roger Abiven, encore piqué au vif de n’avoir pu accéder au chantier. Et, pourtant, ce n’est pas faute d’avoir multiplié les demandes auprès de la compagnie industrielle anglaise.

« Nous continuerons de soutenir les opposants anglais qui, avec un nouvel avocat, préparent une autre procédureà l’encontre des dérogations accordées par l’agence anglaise pour l’environnement », annonce Roger Abiven, sur place les 26 et 27mai.

Engagements non respectés « Enfin, les journalistes anglais et notamment ceux de la BBC, qui suivent de près le dossier, sont à la même enseigne (...).On se demande à quel moment il sera opportun d’aller vérifier les conditions de travail sur place ! ». Pour Jean-Paul Hellequin, de Mor Glaz, le chantier choisi ne respecte pas ses engagements. Il revient sur la fameuse cale sèche qui, d’après Roger Abiven, n’en sera jamais une et le retard accumulé dans la fabrication de ce bâtardeau géant. « L’épisode du scandaleux hébergement des ouvriers polonais, dans des plates-formes en attente de démantèlement, nous montre qu’il n’est pas nécessaire de pousser jusqu’en Inde pour rencontrer des conditions de travail déplorables ». La désillusion s’amplifie d’ailleurs auprès d’une population qui attendait comme une bulle d’oxygène l’arrivée de ce grand bateau porteur d’emplois. Mais le renfort d’une main-d’oeuvre polonaise a douché les plus enthousiastes.

20.000t à avaler pour la fin de l’année. Ce qui n’empêche pas le chantier d’avoir fait une demande de subvention d’un million de livres, au vu de l’effondrement du cours de l’acier recyclé. Les autorités locales doivent se prononcer au plus vite sur ce coup de pouce providentiel. « Nous allons demander des comptes à l’État français. Qu’on nous informe régulièrement de l’avancée et des conditions réelles de travail sur le site ! », espèrent Hervé Cadiou et Roger Abiven. La France a toujours une responsabilité dans le traitement de ce navire, même confié aux Anglais. En matière de délais, les membres du comité de vigilance se demandent comment le chantier va réussir à avaler cette coque de 20.000t avant la fin de l’année.

Stéphane Jézéquel Le Télégramme - Brest - 03/06/2009

DÉCLARATION DU COMITÉ DE VIGILANCE EX-CLEMENCEAU

Le Comité de Vigilance ex-Clemenceau s'est réuni le 4 juin 2009 pour examiner la situation après le déplacement d'une délégation à Hartlepool les 26 et 27 mai derniers.

Le Comité se félicite de la mise en place d'un accord de coopération avec les "Amis de Hartlepool" pour exercer une surveillance commune franco-britannique sur la déconstruction de l'ex-Clemenceau et plus largement pour promouvoir des systèmes de déconstruction des vieux navires utilisant les technologies les plus avancées et respectueuses de la santé des employés et de la population ainsi que de l'environnement.

Accord de coopération entre le "Comité de Vigilance ex-Clemenceau" et les "Amis de Hartlepool"

les buts en sont :

1. exprimer une solidarité mutuelle dans leurs interventions sur le démantèlement de l'ex-Clemenceau (Q790) et plus largement la déconstruction des vieux navires en France et dans le Royaume-Uni.

2. examiner le déroulement de la déconstruction de la coque Q790 par la visite du chantier et la rencontre avec des responsables d'Able-UK

3. demander à l'État français de nous dire comment il entend exercer son contrôle des opérations de démantèlement et de nous communiquer le bilan des visites passées et futures, conformément aux engagements exprimés lors de la CLI du du 3 décembre 2008.

4. contribuer à un éveil citoyen et associatif et à une éducation à l'environnement et au développement durable en matière de déconstruction de vieux navires

5. faire pression sur les autorités responsables et sur les décideurs pour la mise en place de filières de démantèlement de vieux navires fiables des points de vue sanitaires, social et écologique

6. mener les actions précédentes en lien avec l'interpellation des institutions locales, régionales, nationales et européennes.

Le Comité de Vigilance a demandé à rencontrer le responsable des opérations de déconstruction de navires à la Marine Nationale qui a accepté une rencontre le 5 août prochain. La date est certes éloignée, mais au rythme où avance le chantier on peut se demander si les opérations auront réellement débuté. Le Comité continue à demander communication des visites déjà faites par la Marine.

Suite à la décision de déconstruire le"Winner" à la forme n°4 de l'arsenal le Comité demande une totale transparence dans le déroulement des opérations. Nous nous sentons encouragés à poursuivre notre action pour la création à Brest d'une filière exemplaire et de pointe en matière de démantèlement et de recyclage pour les vieux navires. Nous allons prendre contact avec les organisations syndicales locales afin de poursuivre les réflexions communes engagées lors de la Table Ronde de Janvier 2009 et intervenir ensemble auprès des autorités .

En effet le Comité juge inquiétantes les réponses du Ministre de la Défense sur le sujet à la Députée, Marguerite LAMOUR ; celles-ci laissent en effet craindre que ne soient poursuivies des procédures aussi désastreuses que celles mises en oeuvre sur le cas de l'ex-Clemenceau.

Le comité se réunira à nouveau fin-juin


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