Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

La France prépare des mini-Hiroshima

La prolifération nucléaire est unanimement réprouvée... quand il s’agit de l’Iran. Mais les pays occidentaux dont la France ne sont pas en reste et développent des mini-bombes nucléaires ! La France va ainsi procéder cet hiver à un troisième tir d’essai du missile à tête nucléaire M51, très contesté.

Extrait d'un article de Xavier Renou paru dans la revue L'Ecologiste n° 24 (dec 2007)

Aucune preuve ! Mohammed El Baradei, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique, a été très clair. Le 28 octobre dernier, il rappelait sur CNN qu'il n'y avait toujours aucune preuve d'un programme d'armement nucléaire en Iran, accusant au passage Georges Bush de chercher à « jeter de l'huile sur le feu » à coup de grandes déclarations belliqueuses. Comme avec l'Irak, la soif de pétrole justifie le recours aux mêmes mensonges, pour préparer les esprits à la guerre.

Une nouvelle doctrine nucléaire

Cette perspective effrayante, bien pratique pour qui veut éviter d'avoir à déployer des troupes au sol, rend visible un choix de politique militaire opéré, dans le plus grand secret, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et... en France !
A la fin des années 1990, alors que la fin de la guerre froide aurait dû rendre les armes nucléaires obsolètes, ces trois pays décidèrent conjointement de donner à ces armes un rôle nouveau, celui d'armes du champ de bataille. Pour ce faire, il fallait d'abord en réduire la puissance destructrice : en faisant moins de morts que la bombe d'Hiroshima (10 000 morts par bombe, pour l'instant, au lieu de 150 000), les minibombes nucléaires, ou mini-nukes deviennent nettement plus acceptables des opinions publiques occidentales... Les populations civiles visées apprécieront.

En France, ce réarmement nucléaire dépend étroitement de la réalisation du M51, ce missile nucléaire en cours de test dans les Landes. Ce missile balistique d'une portée de plusieurs milliers de kilomètres doit être capable d'opérer des frappes de précision à l'aide des mini­bombes nucléaires qu'il emportera... Comme l'expliquait Jacques Chirac en janvier 2006, dans un discours prononcé à la base nucléaire de l'Île Longue (Brest), il s'agit d'abord de « garantir (nos) approvisionnements stratégiques » (1) en visant « les centres de pouvoirs et les capacités d'agir » d'un pays qui s'avèrerait hostile, ou que l'on pourrait soupçonner dé soutenir le terrorisme. Exit la dissuasion, voici le temps de la guerre préventive... à l'arme nucléaire ! 

Pour un coût total estimé à plus de 15 milliards d'euros, les entreprises EADS, la SNECMA, Thalès et quelques autres doivent livrer 48 missiles M51 aux sous-marins de la base de Brest d'ici 2010. En attendant, ils sont testés au Centre d'essais des Landes, où deux tirs de ces fusées spatiales se sont déjà produits, en direction des eaux françaises de Guyane. En toute illégalité, puisque ces programmes contreviennent au Traité de Non Prolifération (TNP), que la France a pourtant signé en 1992. Pourtant, curieusement, les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui sillonnent l'Irak et aujourd'hui l'Iran à la recherche de violations du TNP, ne sont pas venus inspecter dans les Landes... 

(1)

https://pastel.diplomatie.gouv.fr

Dernières nouvelles de ce dossier (mars 2008)

Des militants pacifistes annoncent leur intention de s’introduire sur le site militaire de Biscarrosse pour empêcher le tir du missile nucléaire M51.

Biscarrosse (33), le 19.03.2008.

Le gouvernement français est sur le point de procéder en secret au troisième tir d’essai du missile nucléaire M51, au Centre d’Essais et de Lancement de Missiles (CELM) des Landes, près de Bordeaux. Le tir est prévu pour jeudi ou, plus sûrement, vendredi matin, à la faveur des derniers jours des grandes manoeuvres de l’OTAN qui se déroulent depuis deux semaines au même CELM. Des militants du collectif « non au missile M51 » entendent retarder voire empêcher le tir, comme ils étaient parvenus à le faire pendant 48 heures en juin dernier, en s’introduisant sur le site militaire.

Nicolas Sarkozy doit se rendre vendredi à Cherbourg pour inaugurer le nouveau sous-marin lanceur d’engin « le Terrible », qui sera justement doté des missiles M51. Il en profitera certainement pour se féliciter du réarmement nucléaire de la France, qui viole pourtant l’article 6 du Traité de Non Prolifération et menace directement le Moyen-Orient ou la Chine, alimentant ainsi l’actuelle course aux armements. Sans doute confirmera-t-il à cette occasion la doctrine Chirac, exprimée en janvier 2006 lors d’un déplacement à la base nucléaire de l’Ile Longue. L’ancien président de la République avait alors déclaré que l’arme nucléaire pourrait être utilisée pour protéger les « approvisionnements stratégiques » de la France dans le monde, c’est-à-dire le pétrole, quitte à bombarder à l’arme nucléaire « une puissance régionale » et sa population. L’OTAN pourrait d’ailleurs servir de cadre à l’expression de cette stratégie : le troisième tir du M51, jeudi ou vendredi, viendra conclure deux semaines d’exercices également fort discrets de l’OTAN au Centre d’Essais des Landes. L’opération NAWAS 2008 portait justement sur l’entraînement des forces de l’OTAN à la guerre au Moyen-Orient et en environnement nucléaire ou bactériologique...

« Le gouvernement de N. Sarkozy développe une arme qui viole le Traité de Non Prolifération et ne peut qu’encourager l’Iran et d’autres pays à reprendre la course aux armes nucléaires pour assurer leur sécurité, s’indigne Xavier Renou, porte-parole du collectif « non au missile M51. Et pendant ce temps, les Français sont toujours privés du débat auquel ils ont droit sur l’avenir de l’arme nucléaire et des 15 milliards d’Euros du programme du missile M51/. » 

Plus d’informations sur la campagne et le collectif : http://www.nonaumissilem51.org/


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