Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

La biodégradabilité en milieu marin

Une image est plus parlante qu’un long texte ! JPEG - 118.3 ko

Malheureusement la réalité du problème est plus grave que ne l’indique cette illustration.

Exemple : les plastiques (polyéthylène, le polypropylène, le chlorure de polyvinyle et le polystyrène) ne se dégradent pas ! ils se fragmentent en morceaux de plus en plus petits mais ils restent composés de polymères qu’aucun processus biologique n’est capable de détruire et aucun organisme capable d’assimiler.

Le plastique produit par l’homme, à l’exception de la fraction qui a été incinérée, est toujours là, quelque part sur la planète.

Un océan de plastiques

Une nappe de déchets plastiques grande 50 fois comme la France flotte dans le Pacifique

Le Central Pacific Gyre ou enroulement du Pacifique central est une vaste aire océanique qui s’étend sur 25 millions de kilomètres carrés et c’est le site le plus important de déchets de plastiques de la planète emprisonnés dans des mers calmes et dont la quantité va croissant. Cinquante fois grand comme la France, ce phénomène a été baptisé Great Pacific Garbage Patch (GPGP) - « Grande masse de déchets du Pacifique ». Le nom vient de cette accumulation de tous les déchets déversés dans le Pacifique. La quantité est telle qu’à certains endroits le ratio de plastique par rapport au plancton est de six contre un. Entre 70 et 80 % des débris proviennent de déchets terrestres balayés dans l’écosystème marin par les orages et le vent. Le plastique restant est une conséquence involontaire de la pêche industrielle, comme des filets dérivants immenses, des fragments de bouées... Sur des kilomètres, un amas de cordes et de ficelles en plastique s’entremêle aux bouteilles en plastique, aux jouets, baskets et autres briquets. Un scientifique japonais a mesuré une multiplication par trois de la pollution de plastique entre 1989 et 1999 et une multiplication par dix ces deux dernières années. Aujourd’hui, la pollution par particules représente environ 46 000 pièces par km². Elles sont confondues avec de la nourriture à tous les niveaux de la chaine alimentaire, des méduses en passant par les poissons et les oiseaux. Ces déchets bloquent leurs systèmes digestif et respiratoire. Greenpeace estime qu’un million d’oiseaux et 100 000 animaux marins meurent dans le GPGP chaque année. Des espèces sont en voie d’extinction à cause du plastique : l’albatros de Laysan et le phoque moine en particulier. Les petites particules de plastique sur de grandes étendues ont la capacité à absorber et transporter un million de fois plus que l’eau ambiante les produits chimiques toxiques hydrophobes (DDT et PCB).

Si nous restons inactifs,

  • Les particules fines de plastique issues de la dégradation des morceaux de plastique vont proliférer et ces petits débris dénommés "plancton plastique" peuvent avoir des effets redoutables car une fois ingérés par des poissons, ils vont passer dans la chaine alimentaire qui mène à l’homme.
  • Les déchets vont s’accumuler au fond des mers (70% finissent par couler) et constituer des "cimetières toxiques"

Source : L’ECOLOGISTE n°24 (oct/dec 2007)

Les ambiguïtés des "bioplastiques"

C’est avec circonspection qu’il faut considérer le terme flou de "bioplastique" ou "plastique vert", de plus en plus en vogue. II est par exemple contestable de l’appliquer à des plastiques d’origine végétale qui, comme certains polyamides, ont toutes les propriétés de leurs homologues synthétiques ‑ notamment la durée de vie très longue. On trouve également sur le marché des mélanges plastique‑matière végétale cellulosique (amidon de maïs, par exemple). Le plus souvent, ces mélanges sont "biofragmentables", c’est‑ à‑dire que la partie végétale se décompose rapidement... Oui, mais les polymères (jusqu’à 50 % de la masse) restent, eux, dans l’environnement, sous forme de fragments plus ou moins visibles. Quant aux plastiques officiellement dits biodégradables, ils sont définis par la norme européenne EN 13432, qui stipule que le matériau doit être transformé à90 % en humus en six mois... lorsqu’il est placé dans des conditions optimales de compostage. Autrement dit, dans un composteur industriel (température supérieure à 60 °C, entre autres) ! Jeté dans un composteur domestique, ou dans la nature, et a fortiori dans la mer, un emballage biodégradable... ne se dégrade donc pas ! Le développement de tels plastiques (pour l’instant trois fois plus chers à produire que leurs homologues ordinaires) n’a donc de sens que s’il s’accompagne du développement d’une collecte sélective et de stations de compostage.

Source : Sciences et Vie n° 1103 (août 2009)

L’exemple du Conquet

Depuis 2001, l’association Ar Viltansou du Conquet s’efforce de nettoyer le littoral de la commune. Il est urgent d’agir et de ne pas laisser nos espaces naturels devenir des poubelles !

Cinq nettoyages de plage ont été réalisées en 2007 aux Blancs-Sablons. Au cours des nettoyages , 240 Kg, 166 Kg, 164 Kg, 119,5 Kg et 99,5 Kg de macro-déchets ont été respectivement récoltés. Bien qu’à chaque nettoyage, la composition en déchets des récoltes soit variable, les macro-déchets les plus abondants sont :

  • les plastiques (bouteilles, bidons, bouchons, bacs, casiers de pêche, sacs, gobelets, cartouches de chasse, appâts, gants, ballons, brosses à dents, morceaux non identifiables) représentant 30 à 60% de la masse totale de macro-déchets récoltés.
  • les filets et cordages en tout genre (30 à 40% de la masse totale des macro-déchets récoltés). Ensuite, par ordre décroissant, on trouve des métaux (comprenant des fûts, bombes aérosols, canettes, barres de fer, plaques en aluminium), des déchets souillés aux hydrocarbures (cordages et plastiques), des morceaux de polystyrène et des bouts de verre (bouteilles). Lors du nettoyage de février, des boulettes et galettes de pétrole (entre 1 et 5 cm de diamètre) ont été ramassées avec une fréquence d’une boulette/galette tous les 20 mètres.

Le cas de la Ria du Conquet

Le moteur principal des apports sédimentaires est la marée : le courant de flux est plus puissant que le courant de jusant, il y aurait donc un excédent de sédiments qui s’accumulerait dans la ria. L’équilibre est établi avec les cours d’eau qui transportent les particules sédimentaires vers la mer. Toutefois, les innombrables macro-déchets apportés par les marées hautes et les tempêtes ne peuvent pas être évacués par les cours d’eau, et restent empêtrés dans le tapis dense d’obione : la ria constitue ainsi un “ piège à macro-déchets ” ! La ria a fait l’objet de 2 nettoyages :154,5 Kg et 103,5 Kg de déchets récoltés. Les macro-déchets les plus abondants sont les plastiques (dont les cartouches de chasse) et des cordages (filets de chalut et bouts). En moindre quantité, on note également la présence de verre (essentiellement des bouteilles) et des morceaux de polystyrène. Lors du nettoyage du 19 mai, il est à noter qu’une dizaine de pneus gisaient au fond de la ria parmi les gracieux Courlis cendrés, Tadornes de Belon, Chevaliers Gambettes, Aigrettes Garzettes ou autres Hérons Cendrés !

La côte ouest, de la grève du Goazel à la Pointe sainte Barbe

Un nettoyage du littoral a été réalisé en 5 points de la côte. 46,5 Kg ont été récoltés avec en majorité toujours du plastique (64% de la récolte) suivi de verres, cordages. Cette partie de la côte est moins abritée que l’anse des Blancs-Sablons, la houle et les courants puissants ne permettent pas une accumulation importante des macro-déchets.

Le nettoyage de plage peut être qualifié de solution “ d’urgence ” ou “ ultime ” car “ le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas ! ” . Le problème devrait être traité en amont en produisant moins d’emballages, en favorisant des emballages biodégradables et en mettant en place des poubelles terrestres et flottantes efficaces. Toutefois, le meilleur levier d’action reste l’éducation à l’environnement... Tout ceux qui se sentent concernés par le problème “ déchets ” peuvent contribuer au respect de la Nature en participant à des nettoyages de plages, de sentiers côtiers, d’abers, etc. En association ou individuellement, avec une bonne paire de gants, des bottes et des vêtements qui ne craignent plus rien : en route pour la récolte des déchets !

Attention, tout ne doit pas être ramassé : sur la plage, on laisse le bois, les os de seiche, les coquillages et les cadavres d’animaux (pour les oiseaux prévenir la LPO, pour les autres, les pompiers). Les déchets recyclables comme les bouteilles plastiques, le verre, le carton et les boîtes métalliques doivent être amenés sur des points propres ou pris en charge par l’équipe municipale. Des déchets comme les morceaux de plastique et de verre, les objets souillés par les hydrocarbures, les filets de pêche ou autres cordages et le polystyrène doivent être triés et amenés en déchetterie. Certains produits sont dangereux (bidons de produits toxiques, mines, seringues) et doivent être manipulés avec précaution et surtout pas par des enfants !

Pour conclure

Le problème n’est pas tant le plastique lui même que l’immensité de déchets que génère l’humanité, qu’il s’agit de mieux gérer et surtout de réduire. Ce qui suppose de réorienter notre production industrielle vers des objets simples, résistants, réparables, à durée de vie longue. Mais la société capitaliste qui recherche toujours le profit maximum et immédiat le peut elle ? Moi, ma réponse est non.

Sources utilisés pour écrire cet article :

    • L’ECOLOGISTE n°24 (oct/dec 2007)
    • Sciences et Vie n° 1103 (août 2009)
    • Al Louarn (mai 2008)

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