Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Exemples de dépositions à enquête publique concernant un projet routier

Déposition de Bretagne Vivante à l’enquête publique concernant le projet d’aménagement de la voie urbaine de liaison RD112 – RD205

BRETAGNE VIVANTE-SEPNB est créée en 1958 et son champ d’action s’étend à toutes les questions de défense de l’environnement, cependant, elle agit en priorité dans le domaine de la biodiversité. C’est la raison pour laquelle le projet de voie de liaison RD 112 et RD 205 l’a interpellée car, en empruntant la vallée du Restic, il impacte fortement des espaces naturels et agricoles situés en milieu péri-urbain.

Ceux-ci sont constitués de zones humides, de ruisseaux, de sources, de bois, de landes, de haies linéaires. Malgré des comblements datant d’une trentaine d’années sur certaines zones humides et une mauvaise gestion des eaux pluviales, influant sur la qualité des eaux du ruisseau du Restic, tout cet écosystème révèle une biodiversité intéressante. (cf inventaire joint).

De plus, cette vallée est un espace esthétique, récréatif, culturel, pédagogique, dont les Brestois peuvent profiter gratuitement, c’est donc aussi un rôle social que joue cet espace de proximité, facilement accessible.

La réalisation de cette route entraînerait des impacts directs et indirects sur la vallée et les zones limitrophes, ceux-ci concernent l’eau, l’air, les sols, la flore, la faune, l’intégrité éco-paysagère, le cadre de vie et la santé publique. Le premier impact, et le plus visible, c’est :

  • LA DESTRUCTION irrémédiable de milieux naturels et de terres agricoles, avec des répercussions très fortes sur la biodiversité présente, l’aspect paysager et le cadre de vie.

Or, dans la présentation du PLU de BMO, il est indiqué, « l’objectif est de permettre la croissance économique et urbaine de l’agglomération tout en protégeant le patrimoine écologique des générations futures » et, en sous paragraphe, « conforter et mettre en valeur la Trame Verte et Bleue ». Un autre chapitre s’intitule « Pérenniser l’activité agricole ». Curieuse façon de protéger, de mettre en valeur et de pérenniser !

  • LA FRAGMENTATION DU MILIEU :

La route va créer une fragmentation écologique par une rupture des couloirs écologiques –indispensables à la faune pour se déplacer, se nourrir, se reproduire – alors que se met en place le SRCE (schéma régional de cohérence écologique) en application de l’article 122 de La Loi « Grenelle » 2 et, ce, dans le cadre national de la TVB (Trame Verte et Bleue).

  • LA MORTALITÉ PAR COLLISION :

La traversée de cette route, de grande fréquentation, sera périlleuse pour les animaux, une route étant, par nature hostile pour la plupart des espèces. Les vibrations, les odeurs, la chaleur, l’éclairage piègent de nombreux animaux, parmi ceux-ci, les reptiles, les amphibiens, les chauves-souris qui subissent des pertes considérables par collision, sans compter les hérissons, renards, petits carnivores, les écureuils qui peuplent la vallée.

  • L’IMPERMÉABILISATION :

Celle-ci stérilise les espaces recouverts et fait que les eaux de ruissellement se chargent de divers polluants (dont de nombreux métaux). Les bassins de décantation atténuent ces effets mais les eaux ne rechargent plus les nappes ni la vingtaine de sources de la vallée.

Autre conséquence néfaste de l’imperméabilisation : l’ÉROSION, en effet, plus de sédiments en suspension dans l’eau réduisent la quantité de nourriture des poissons, altèrent les zones de végétation, sans compter le colmatage des frayères et la suffocation des poissons par le colmatage de leurs branchies. De même les populations d’invertébrés aquatiques qui servent de nourriture aux poissons, peuvent être réduites.

Par ailleurs, les effets « chasses d’eau » déstabilisent et détruisent les berges, augmentant ainsi la quantité des sédiments présents dans l’eau. Le cours du ruisseau s’élargit, favorisant le réchauffement de l’eau, dégradant, de ce fait, sa qualité.

Le ruisseau du Restic est un affluent de La Penfeld et fait partie du SAGE Elorn dont les préconisations sont on ne peut plus claires : « prévenir la détérioration de toutes les masses d’eau de surface et souterraines, atteindre, sauf dérogation, le bon état en 2015 (bon état de surface écologique et chimique des eaux de surface) ». Dans les 4 enjeux majeurs du SAGE sont retenus « la qualité des eaux et la satisfaction des usages qui en sont tributaires (enjeu 1), et la qualité des milieux et l’aménagement du territoire (enjeu 2) ».

Or, le Restic se jette dans La Penfeld, en amont de la prise d’eau de Kerléguer qui alimente BMO en eau potable. Il est clair qu’une route saccageant la vallée, n’aurait que des effets négatifs sur la qualité des eaux et tout l’écosystème qui s’y rattache. On est très loin des préconisations du SAGE.

  • LA POLLUTION LUMINEUSE :

Celle-ci est induite par l’éclairage de la route mais aussi celui des véhicules. Cette pollution est méconnue et, de ce fait, minimisée. Pourtant, elle est aussi à prendre en compte, car elle trouble les rythmes chronobiologiques fondamentaux des animaux, synchronisés par l’alternance jour/nuit. L’éclairage nocturne fait payer un lourd tribut aux insectes nocturnes à 200 mètres à la ronde.

Les mammifères sont aussi perturbés car la plupart d’entre eux se nourrissent et se reproduisent la nuit et l’éclairage gêne ces fonctions. Par ailleurs, une route éclairée peut s’avérer infranchissable pour des espèces habituées à se déplacer dans l’obscurité et cette pollution est une nouvelle forme de morcellement des habitats.

  • LA POLLUTION AÉRIENNE :

Celle-ci va commencer dès la mise en service de la route. Une partie des polluants (benzène, micro particules, COV-composés organiques volatils-, NOX-monoxyde d’azote- etc…) va retomber de part et d’autre de la route, s’infiltrer dans le sol et polluer les eaux de ruissellement.

La pollution portait sur un passage de 15 à 17 000 véhicules/jour et, à la réunion publique du 20 Mars, la Municipalité parle maintenant de 20 000 véhicules/jour.

Une étude a estimé qu’en France (rapport de l’OPECST n° 2152 (2001-2003) de Gérard Miquel), une route, sur laquelle circulent 25 000 véhicules/jour, produisait environ : 1 tonne de matières en suspension par km et par an et 25 kg d’hydrocarbures, 4 kg de zinc, 0,5 kg de plomb…. Cette pollution va dégrader la qualité des eaux et les riverains vont devoir faire face à une pollution accrue de l’air qu’ils respirent avec des sources de pollution plus proches de chez eux.

  • MODIFICATIONS DE L’ÉCOSYSTÈME PAR LA CRÉATION DE MICRO-CLIMATS :

Le bitume noir diminue très fortement l’albédo (réflectivité) du sol ; le goudron et la route accumulent de la chaleur qu’ils restituent la nuit, conduisant à un micro-climat aride qui renforce la barrière écologique qu’est la route pour la micro-faune, tout en piégeant quelques espèces comme les salamandres après la pluie ou les reptiles attirés par la route pour s’y réchauffer, ce qui accroît les risques d’écrasement.

Autre danger, les nouveaux axes de circulation sont des voies privilégiées de progression des espèces invasives.

  • DÉGRADATION IMPORTANTE DU CADRE DE VIE DES RIVERAINS ET DES PROMENEURS :

Les riverains qui font, eux-aussi, partie intégrante de la biodiversité auront à subir les pollutions atmosphérique, sonore, visuelle (avec la saccage de la vallée). La construction de la route serait une atteinte à la propriété privée, car elle va faire baisser le cours de l’immobilier et, ce, bien au-delà de l’emprise.

CONCLUSION :

De même qu’en terme de biens de consommation, il faut apprendre à recycler ses déchets, il est grand temps, en terme d’infrastructures, d’apprendre à réutiliser l’existant, plutôt que de créer du neuf « ailleurs », c’est-à-dire sur des espaces naturels ou agricoles qui se réduisent comme peau de chagrin (3 hectares par jour dans le Finistère).

Ce projet de route péri-urbaine est destructeur pour la nature, l’agriculture, le cadre de vie, la qualité des eaux, il expose les habitants des quartiers riverains aux nuisances routières et il est générateur d’une péri-urbanisation plus importante.

Ce projet a reçu un avis défavorable de La DREAL qui suit celui également défavorable de la DIREN de 2009.

Pour toutes ces raisons, Bretagne Vivante-SEPNB ne peut émettre qu’un avis totalement défavorable, tant ce projet semble issu d’un logiciel des années 60. Il est dépassé dans sa démarche comme dans son contenu car il ne cherche pas à promouvoir des solutions alternatives qui existent.

Pour le Président : Jean-Pierre Le Gall

La déposition de Bretagne Vivante SEPNB à l’enquête publique « voie urbaine de liaison nord-Lambézellec » sous l’angle de la perte de biodiversité.

Le choix de l’itinéraire empruntant la vallée du Restic pour aménager la voie de liaison Nord-Lambézellec est critiquable sur plusieurs points en rapport avec la vocation souhaitable pour un tel espace et les impacts sur la biodiversité.

► L’aménagement de la voirie dans le Restic signe la perte irrémédiable d’un espace de calme. L’option choisie sacrifie la chance d’aménagement doux qu’il est possible de réaliser au bénéfice des riverains, et de la collectivité dans son ensemble, dans cet espace. A cet objectif s’associeraient harmonieusement les vocations d’espaces de détente et de déplacement doux. Permettre un contact intime avec les éléments naturels est reconnu comme étant facteur d’équilibre, ce qui est fondamental à fortiori dans un quartier en voie d’urbanisation rapide.

► L’aménagement de la voirie dans le Restic entraînera une perte de biodiversité.

 Il est annoncé au point 5 du dossier préalable que : « Les impacts temporaires et réversibles sur les habitats naturels seront largement compensés dans le secteur d’étude, sans perte nette de biodiversité ; ».

 Cette affirmation associée à de fréquentes références au concept de génie écologique censé garantir l’efficacité assurée et imparable des techniques qui seront mises en oeuvre peut être sérieusement mise en doute sur plusieurs thèmes.

  1. Les travaux de déblais-remblais ne sont a priori ni temporaires, ni réversibles. Au contraire, leur réalisation impactera durablement le site.
  2. En termes de biodiversité, l’impact majeur et durable sur l’espace se situe à proximité du parc EDF du Restic. En ce point de la vallée, les habitats en place : haies de chênes têtards sur talus notamment, sont des milieux à haute valeur environnementale, valeur liée à leur maturité (abri pour chauves-souris et pour une faune entomologique spécialisée, tel que le lucane cerf-volant (Lucanus cervus) par exemple). La loi ne leur confère ici aucun statut de protection, par contre chaque promeneur leur reconnaît une valeur patrimoniale forte. La suppression de cet habitat lors des travaux représentera une perte sèche de biodiversité. Il est fortement improbable que les nouvelles plantations, en bordure de voirie ou sur les merlons antibruit, égalent un jour cette valeur biologique, fruit du temps et d’un savoir-faire révolu.
  3. Les dispositions envisagées dans le phasage des travaux (p 88) pour limiter leurs impacts sur les espèces sensibles, c’est à dire protégées au titre de la loi sur la protection de la nature, posent aussi question et demandent quelques précisions.
    • Des espaces refuges sont proposés : Quand et comment seront-ils délimités ? Quelle sera leur nature ? Comment et au bout de quel délai leur efficacité sera-t-elle évaluée ?
    • De même, la plupart des espèces sensibles citées sont des espèces protégées, principalement des amphibiens dont le statut interdit toute manipulation sans agrément. Au-delà de cet aspect, comment seront conduites les opérations de sauvetage ? Comment s’assurer que l’essentiel de la population est à l’abri ?
    • Le cas du crapaud accoucheur (Alytes obstetricans) est particulièrement sensible. En Bretagne, la principale menace qui pèse sur cette espèce protégée est le morcellement de ses populations. De plus son écologie principalement terrestre et ses mœurs discrètes ne permettent pas d’imaginer raisonnablement une opération de collecte des individus avant travaux pour garantir la sécurité et l’avenir de cette population avant, pendant et après la mise en chantier. Il est par conséquent très aléatoire de penser que les travaux ne conduiront pas à la perte de cette population patrimoniale.
  4. Il est aussi proposé d’”éliminer” les plantes invasives, très présentes à travers plusieurs espèces sur le site. Cet objectif peut sembler bien présomptueux au vu des nombreux retours d’expériences, avec constat d’échec, de gestionnaires de sites confrontés à cet épineux problème. L’enjeu est plus modestement d’éviter leur dispersion à travers tout le site et en dehors. À ce sujet, rien n’est proposé. Le document n’expose pas la mise en œuvre d’un protocole sérieux de contrôle des invasives, protocole qui devrait être scrupuleusement appliqué par les prestataires des terrassements sur le chantier. Ce protocole ne devrait pas se limiter à la phase préparatoire (V311) mais devrait aussi être pris en compte pendant les phases V312 et V313 car ce problème va se poser tout au long du chantier.

Conclusion La vallée du Restic peut et doit avoir une vocation sociale et écologique ; cette fonction est inconciliable avec la construction d’une voirie. Les seuls travaux qui devraient y être entrepris sont ceux permettant de conserver et de consolider sa valeur et son potentiel, notamment en termes de biodiversité et de bien-être pour les populations locales.

Pour Bretagne Vivante : le Secrétaire section Rade de Brest

3ème déposition de Bretagne Vivante

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3e déposition de Bretagne Vivante

Autres observations déposées par d’autres associations de défenses de l’environnement :

La déposition du collectif :

PDF - 1 Mo
enquête publique : argumentaire du collectif
PDF - 198.4 ko
lettre récapitulative de tous les documents transmis au commissaire enquêteur

La déposition d’AE2D :

PDF - 31.7 ko
deposition Enquete publique vallee du restic AE2D

La déposition d’Eau et Rivières de Bretagne :

PDF - 171 ko
deposition enquete publique_eau_et_riviere de_Bretagne

La déposition d’Europe Ecologie Les Verts :

PDF - 86.9 ko
déposition d’EELV

Exemple de déposition d’un simple citoyen :

PDF - 55.9 ko
exemple de déposition à enquête publique concernant un projet routier

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