Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

5e Forum mondial de l’eau « La marchandisation de l’eau domine »

Le temps de "l’eau facile" est révolu ! Le message a traversé les débats du 5e Forum mondial de l’eau, qui s’est achevé à Istanbul. La déclaration finale ne reconnaît pas l’accès à l’eau comme un "droit" humain fondamental, au grand dam de nombre de participants. Adoptée à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, la déclaration ministérielle se contente de formuler une série de recommandations. Parmi elles, la nécessité de modifier les modes de consommation d’eau, en particulier dans l’agriculture, de collecter et de traiter les eaux usées, ainsi que l’indispensable accès aux toilettes.

Ci-dessous l’interview du Président du Contrat mondial de l’eau, Ricardo Petrella

(article paru dans l’Humanité du 16 mars 2009)

Président du Contrat mondial de l’eau, Ricardo Petrella dénonce la mainmise des multinationales sur ce bien vital.

Comment appréciez-vous l’attitude de l’ONU sur l’eau ?

Ricardo Petrella. Le rapport sur l’eau qui doit être présenté au Forum mondial de l’eau, à Istanbul, réaffirme le lien entre pauvreté et problème d’accès à l’eau. Cette avancée date de 2006, avec l’élaboration du programme des Nations unies pour le développement. Pour le reste, la position des Nations unies reste sous l’influence du Conseil mondial de l’eau (CME). Aux mains des multinationales du secteur, cet organisme de droit privé a réussi à s’imposer comme un acteur incontournable auprès de nombreux gouvernements et institutions internationales. Il a également réussi à faire accepter l’idée que pour résoudre la question de l’accès à l’eau et de l’assainissement, il fallait valoriser économiquement l’eau. Lui donner une valeur marchande susciterait, selon le CME, l’intérêt des groupes privés et permettrait de réaliser les investissements nécessaires pour résorber ces deux problèmes. Cette conception est dangereuse. Elle consacre la marchandisation de l’eau. Loin de faire régresser le problème de l’accès à l’eau, elle va le conforter. Si l’eau devient un bien précieux économiquement, cela accentuera le risque de conflit autour de l’eau. La valorisation de l’eau fera de cet élément essentiel à la vie une marchandise comparable à une énergie fossile. Certains vont jusqu’à suggérer la fixation d’un prix mondial de l’eau comme il existe un prix du pétrole. Je pose la question : a-t-on vu l’augmentation du prix du pétrole favoriser une utilisation plus économe de cette énergie ou contribuer à diminuer les tensions internationales ?

Que préconisez-vous ?

Ricardo Petrella. Je défends l’idée d’un contrat mondial de l’eau. Il s’agit d’un contrat politique se fondant sur la reconnaissance de l’eau en tant que bien vital et patrimonial commun mondial. L’eau n’est pas une ressource naturelle comme les autres. Elle est une ressource irremplaçable, non substituable, ce qui en fait un bien vital pour tout être vivant. Tout être humain a le droit, individuellement et collectivement, d’avoir accès à ce bien vital. Pour garantir cet accès, il ne faut plus réfléchir en termes de souveraineté nationale sur l’eau mais de souveraineté commune et partagée des peuples vivant sur le même bassin hydrologique.

Assisterez-vous au 5e Forum mondial de l’eau ?

Ricardo Petrella. Non, je n’irai pas cautionner ce forum organisé par le CME. Cet accaparement de la question de l’eau par un groupe privé s’apparente à une privatisation de l’espace public. Je pense que ce type de rencontre internationale devrait être directement organisée et maîtrisée par l’ONU.

Entretien réalisé par Pierre-Henri Lab (http://www.humanite.fr)

Autre article intéressant :

L’eau, patrimoine commun

par Valérie PEUGEOT - publié le 2 avril 2006 La totalité de cet article sur : bellaciao.org (en bas de page ! )

Pétition "Pour une gestion publique de l’eau"

Appel pour une gestion publique de l’eau sur BMO

La pétition du Collectif "Pour une gestion publique de l’eau", est signable en ligne sur http://www.eaupublique.infini.fr/ Nous réaffirmons que l’eau est un élément vital et un bien commun pour l’humanité. Nous demandons que les dépenses nécessaires à une gestion de l’eau exigeante et de qualité ne soient pas soumises à des recherches de profits.


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